L'appel du large

Les aventures d'une petite bretonne expatriée en Autriche

Petites galères de mon quotidien d’expatriée

Quand on est expat, tout devient une aventure, même les trucs les plus simples en apparence. J’aime beaucoup ça, mais ça amène à des situations gênantes / galères / vraiment compliquées. Et comme je reste au moins un an en Autriche, ça implique de vraiment devoir faire face à pas mal de situations que j’avais évitées pendant mon semestre erasmus en Allemagne. D’où le petit florilège qui suit, et qui a pour objectif de vous emmener un peu dans ce que je vis au quotidien en vivant à l’étranger depuis peu.

Numéro 1 : s’acheter des vêtements

Et pourtant, ça a l’air simple, s’acheter des vêtements. En quoi c’est différent quand on vit à l’étranger ? Déjà, il faut trouver des magasins qui nous conviennent. C’est sûr que des H&M et des Zara, il y en a partout, mais quand on n’a pas envie de fréquenter ces magasins, il faut se refaire des repères locaux. Il m’a fallu pas mal de balades en ville en rentrant dans plein de magasins différents avant de savoir que Peek&Cloppenburg est une bonne alternative aux boutiques de vêtements que je fréquentais en France. Idem avec Mediamarkt pour le multimédia, ou Libro pour les crayons (parce que oui, en Autriche la majorité des supermarchés ne vendent pas de stylos ou quoi, c’est vraiment que alimentaire et hygiène de base). Plus pour découvrir des petites boutiques locales.

Par contre, j’ai un magasin pour lequel j’ai pas trouvé d’alternative qui me convienne, c’est Decathlon. Il y en a qu’un seul en Autriche, à Vienne. J’ai tellement pas trouvé mieux que j’ai fait plusieurs commandes en ligne déjà. Et il y en a un autre pour lequel j’ai pas eu besoin de trouver un remplaçant, c’est Yves Rocher. Il y en a un à Linz, j’y suis rentrée une fois, et c’est drôle, mais j’ai eu une sensation de familiarité en y rentrant. La même odeur, les mêmes produits, les descriptions écrites en français. Je pensais pas me sentir comme à la maison en rentrant dans un magasin. La magie du marketing, probablement.

Bref, j’en reviens à mon point principal, acheter des vêtements. Vraiment, une fois trouvé le magasin, je ne pensais pas que ça allait poser problème, je croyais que les tailles étaient les mêmes partout en Europe. Et bien non, pour les pantalons, c’est pas pareil. J’ai un peu buggé en voyant que les tailles allaient de 25 à 34. Du coup j’ai fait par déduction, j’ai essayé, et maintenant, je sais que je fais une taille 27 en pantalons autrichiens. C’est tout bête, mais ce genre de trucs, c’est tout un référentiel à se recréer, j’ai l’impression de devoir tout réapprendre ou presque.

Numéro 2 : aller chez le médecin

Alors le médecin pour le coup c’est carrément le niveau au-dessus, puisque ça implique de parler à quelqu’un. Et déjà, premièrement, de prendre un rendez-vous.

Et ça, ça a été relativement laborieux. Déjà, j’ai été assez surprise de voir que les médecins ici sont pour la plupart totalement fermés le weekend, et même le vendredi aprem. Beaucoup prennent des consultations jusqu’à 16h ou 17h maximum. Maintenant, je sais que j’ai pas intérêt à tomber malade un vendredi matin. J’ai fini par appeler un médecin, indiqué proche de chez moi, et qui me paraissait être un généraliste. J’ai appelé pour prendre un rendez-vous, la madame m’a demandé si c’était la première fois que je venais, j’ai répondu oui, elle m’a dit que du coup ça allait durer plus longtemps qu’une consultation normale, on a essayé de planifier un rendez-vous un vendredi midi, j’ai un peu insisté pour en avoir un plutôt le soir en disant que ça devrait être rapide, je voulais juste un traitement contre les allergies au pollen. Et c’est là qu’elle m’a dit que j’avais appelé dans un cabinet d’acupuncture. Ah. Je me suis excusée, on a raccroché. N’empêche que si nos emplois du temps avaient matché, je me serais retrouvée sans le vouloir à faire une consultation d’acupuncture. Limite, je regrette presque, ça aurait été drôle.

Du coup, après cette mésaventure, j’ai réservé un rendez-vous chez le seul médecin de Linz qui propose de prendre rendez-vous en ligne. Comme ça pas besoin de parler à qui que ce soit, et puis son profil sur le site inspirait confiance et les horaires collaient. Je m’étais fait une montagne de ce rendez-vous, j’avais demandé à une de mes colocs de me coacher pour que je puisse expliquer avec les bons termes ma douleur au genou. Je pense que je n’avais jamais été aussi stressée par une visite chez le médecin généraliste, ou du moins pas depuis un bout de temps. Si je m’exprimais mal ou comprenais mal les questions, le risque était d’avoir un mauvais diagnostic, ce qui aurait été assez ennuyeux.

Mais au final, tout s’est bien passé, ça a même été assez expéditif, en 10 minutes j’avais une ordonnance de kiné, de radio du genou, et de traitement contre les allergies au pollen. La petite surprise finale a été au moment de payer : 55€ la consultation, j’avoue que j’ai un peu tiqué. Je ne sais pas du tout si ça correspond à un tarif “normal” : déjà parce que je suis sous une assurance privée (fournie avec mon contrat en VIE), donc je paie tout, contrairement aux gens qui sont sous le régime de santé publique (mais mon assurance me rembourse après). Et aussi parce que je crois que je suis allée voir un médecin privé sans le savoir. Toujours est-il que j’ai payé 55€ pour 10 minutes chez le généraliste.

Je pourrais faire une partie 2 “Emilie va chez le kiné”, mais bon c’était un peu la même histoire que le médecin. Sauf que là, la séance coûte 72€ pour 45 minutes. Moralité : toujours avoir une bonne assurance quand on part à l’étranger, on ne sait jamais. En tout cas, les rendez-vous médicaux, c’est une des plus grosses galères quand on est expatrié selon moi. Entre le fait de devoir se faire son “carnet d’adresses” de spécialistes comme toute personne qui s’installe dans un nouvel endroit, la communication avec le médecin dans une langue étrangère, la culture du pays qui joue aussi, et les soucis d’assurance, ça devient une sacrée mission.

Numéro 3 : aller chez le coiffeur

Le coiffeur, c’est pareil, je n’en avais pas eu besoin pendant mon Erasmus. C’était donc la première fois que j’allais dans un salon de coiffure autre que celui de la ville où j’ai grandi, et la première fois que je devais expliquer ce que je voulais dans une langue étrangère.

Là, encore une fois, le premier point a été de trouver un salon de coiffure. J’en ai pris un d’une grande chaîne autrichienne, Klipp, qui n’a pas moins de 200 salons en Autriche. Il a l’avantage d’être tout près de chez moi, et j’avais pas envie de trop me prendre la tête. En plus, je me disais qu’en allant dans une grande chaîne de salons, j’allais probablement payer moins cher que chez un petit coiffeur indépendant. Au final, le forfait shampooing + coupe + brushing pour cheveux longs (pas de différence entre femmes et hommes) coûte 57,90€. Ah. Bah du coup, tant que j’y étais, j’ai pris l’option “soin des cheveux” pour 6€ de plus.

En matière de communication, j’ai employé la technique “je m’annonce direct comme étrangère pour que la madame me parle lentement et ne me prenne pas trop pour une débile si je comprends pas”. J’y connaissais vraiment rien en termes de vocabulaire de cheveux et de coiffure, alors c’était le plus simple. Et la madame a été vraiment très cool, elle m’a bien expliqué en mimant si besoin pour que je comprenne et que je ne me retrouve pas à accepter quelque chose qu’en fait je ne voulais pas. Ok j’ai payé cher, mais elle s’est occupé de moi pendant bien 45 minutes – 1h. Et maintenant, je sais comment on dit “pellicules” en allemand. Eh ouais.

Numéro 4 : se faire vacciner contre le covid

Oui, je dis le covid et pas la covid. Oui, je suis une rebelle.

J’ai pas trop parlé de covid jusqu’ici sur mon blog, alors que pourtant il y aurait de la matière, si on compare l’approche de l’Autriche à celle de la France. Mais j’ai pas envie de me lancer dans ce genre de sujets, parce que je ne comprends pas tout de ce qui se passe. Par contre, je peux vous raconter mes galères de prise de rendez-vous de vaccination.

En fait, en Autriche, les régions ont beaucoup de pouvoir. Et ce sont notamment elles qui gèrent la vaccination, elles font chacune leur propre calendrier selon leur propre méthode. Mes collègues de travail, qui habitent en Niederösterreich, ont pu prendre leurs rendez-vous de vaccination 2 semaines avant que ce soit possible dans ma région, l’Oberösterreich. On doit prendre rendez-vous nécessairement dans la région où l’on habite (ou éventuellement où l’on travaille), en utilisant par un site internet géré par l’administration de santé de sa région.

Le truc qui m’embêtait avec la vaccination, c’est que je n’ai pas de numéro de sécu autrichien. J’avais peur que ça bloque, que ça m’empêche de réserver un rendez-vous, ou que ça m’empêche de recevoir un vrai certificat. A priori il n’y avait pas de souci, c’est précisé sur le site dédié de ma région que la vaccination est bien ouverte à tous les résidents en Autriche, sans condition de nationalité ou quoi. Mais dans certains pays c’est pas le cas, j’ai entendu parler du fait qu’en Grèce, les expatriés qui n’ont pas de numéro de sécu n’ont pas accès au vaccin (ou du moins n’y avaient pas accès en mars-avril).

Et donc, finit par arriver le jour où je reçois le mail m’invitant à prendre un rendez-vous pour me faire vacciner. Je voulais le faire au plus vite, sauf que sur le site, impossible de prendre un rendez-vous sans numéro de sécu. Super. J’essaie avec un faux numéro (du type 0000 + ma date de naissance, c’est comme ça que sont fait les numéros de sécurité sociale en Autriche), dans certains cas ça marche, dans d’autres non, donc comme je ne suis pas hyper confiante avec cette combine, j’attends de me rendre au travail pour demander conseil à mes collègues, et je demande aussi sur un groupe facebook d’expatriés à Linz. Mes collègues n’ont pas pu beaucoup m’aider, le site de leur région était mieux fait et il n’y avait pas ce problème. Par contre, plusieurs personnes m’ont dit en réponse à mon post facebook que le faux numéro de sécu, ça passait. Donc j’ai fait ça, mais entre-temps, il n’y avait plus de rendez-vous disponibles avant mi-juillet (on était fin mai). Tant pis, au moins j’ai un rendez-vous. Pour être sûre de ma combine de faux numéro de sécu, j’ai quand-même envoyé un mail à un monsieur de l’administration de santé de la région, et il m’a confirmé que c’est bon, mais que je vais devoir bien signaler que je n’ai pas de numéro de sécurité sociale au moment de mon rendez-vous, pour qu’ils m’inscrivent dans une autre liste à part. Tout va bien donc, je n’ai volé l’identité de personne normalement !

Vivre à l’étranger, ça rend tout plus intense. Tout est une aventure, comme je le disais plus haut. Le souci, c’est qu’il y a certaines choses dont on préférerait qu’elles soient simples, notamment tout ce qui touche à la santé. Alors non, c’est pas toujours facile, et malgré le fait que je suis ici depuis presque 6 mois (:-O), je me sens toujours étrangère, il me manque encore certains codes, et d’ailleurs je ne sais pas si je finirai par les avoir. Est-ce que ça finira par me peser ? Pour l’instant ce n’est pas le cas, parce que je vois le côté positif : j’apprends plein de choses, et puis ça ajoute du piment à des trucs pas passionnants en règle générale. Mais il reste tout de même ces difficultés en toile de fond. Même si je ne me plains pas du tout et que je suis très contente de mon choix, ça fait partie de la vie d’expatrié, et c’est bon à savoir pour ceux qui voudraient se lancer : non, être expat ce n’est pas que passer son temps à voyager dans des endroits toujours plus beaux, il faut aussi gérer tous ces petits tracas du quotidien !

Emilie

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