L'appel du large

Les aventures d'une petite bretonne expatriée en Autriche

Un an en Autriche : alors, c’est comment ici ?

J’ai fêté ce mois-ci les un an de mon départ en Autriche ! Ce pays est donc celui dans lequel j’ai passé le plus de temps après la France. Un an, c’est déjà long, assez pour que je me sente crédible pour parler plus de ce pays en général. Alors, c’est comment l’Autriche ? Quelle est la qualité de vie ? Qu’est-ce que j’aime ou que je n’aime pas ici ? Est-ce que je conseille cette destination pour s’expatrier ? La réponse maintenant !

Les trucs pas cool

  • La nourriture

Sans surprise on va dire, je pense que pour un(e) français(e) c’est LE point qui reviendra dans la plupart des pays. La qualité de la nourriture en Autriche n’est pas aussi bonne qu’en France, même si les gâteaux et biscuits sont vraiment bons et qu’il y a quelques spécialités locales que j’aime bien (les Käsespätzle, sorte de pâtes au fromage qu’on peut aussi trouver en Alsace, et les Knödel, boulettes soit nature, soit fourrées au fromage ou à la viande, soit aux épinards (mes préférées)). Sinon, les plats typiques sont principalement à base de viande, comme les fameuses escalopes viennoises, et étant donné que j’ai arrêté d’en manger, bah ça ne m’intéresse pas.

Même pour les restaurants, je trouve la qualité globale moins bonne qu’en France. En fait, ici, il y a plein de “restaurants/fast foods” qui font des kebabs, des pizzas, des escalopes, des pâtes, des falafels, des burgers, des salades, des tacos, des baguettes (sacrilège pour moi la française), et puis bien sûr des gâteaux tant qu’on y est. Donc comme il font plein de trucs et ont une carte énorme, rien n’est bon. Il arrive qu’on commande des pizzas dans un de ces “restaurants” au travail, et j’en prends vraiment que si c’est l’entreprise qui paie, parce que je ne les trouve pas bonnes. Mangeables, mais pas bonnes. Je pense que la pire pizza que j’ai mangé en France est toujours bien meilleure que la pizza standard autrichienne. Attention, je connais aussi de bonnes adresses et il y a bien sûr des restaurateurs qui travaillent très bien et font des trucs très bons (rassurez-vous, maintenant je sais où acheter mes pizzas). Mais ce sera du coup plus cher. En plus les restaurants ne fournissent presque jamais de carafe d’eau donc obligé de payer une boisson.

Dans les supermarchés, il y a globalement moins de choix qu’en France et quelques trucs sont très difficiles à trouver (le beurre salé :'( ) ou alors assez chers. Ce que je n’aime pas trop non plus, c’est qu’il y a souvent assez peu de choix dans les fruits et légumes, et que quelques trucs du genre les carottes ne sont vendus que dans des sachets plastiques de 1kg (sauf dans le magasin bio où je vais et dans les très grands supermarchés). Et on trouve aussi quelques trucs que je trouve très douteux : de la pâte de thon vendue sous forme de tube type tube de dentifrice, des “baguettes Hawaii” recouvertes de crème fraîche et d’ananas, ou des cornichons goût caramel au beurre salé. Oui, vous avez bien lu.

Est-ce que je finis de vous achever en vous disant que les autrichiens coupent leur vin à l’eau pétillante ? Allez, on passe à la suite.

  • Le Dialekt

Le Dialekt, c’est la façon de parler allemand des autrichiens. En fait, il n’y a pas un mais plusieurs Dialekt. Selon la région, les gens ne parlent pas pareil. Et ça rend la communication très difficile au début pour un étranger. Certains peuvent avoir un accent vraiment très prononcé, et utiliser plein de mots qui diffèrent de l’allemand qu’on apprend en cours en France, et qui est parlé en Allemagne (le Hochdeutsch comme on dit ici). C’est un sacré frein à l’intégration avec des autrichiens, mais tout de même surmontable avec du temps, de la patience, et du travail. Surtout ne pas hésiter à demander à un autrichien d’expliquer tel mot qu’on a pas compris, ils sont très fiers de leur Dialekt et toujours enclins à le partager.

  • La mentalité

Alors sur ce point, tout dépend évidemment de sur qui on tombe et de où l’on vit. Personnellement je n’ai jamais eu de problèmes ici, mais j’ai la chance de faire partie des “bons” immigrés : je suis blanche, française et diplômée. Mais je sais qu’il y a pas mal de racisme en Autriche, et que pour les personnes de couleur c’est plus compliqué. En plus (mais c’est lié), l’extrême-droite est assez forte ici, et a même fait plusieurs fois partie de la coalition du gouvernement. Autre point surtout en cette période de pandémie, l’opinion anti-vaccin et complotiste est aussi assez forte. D’ailleurs, un parti anti-vaccin a obtenu 6% des voix aux élections régionales de septembre dans ma région, ce que je trouve énorme, sachant qu’en même temps l’extrême-droite, aussi plus ou moins anti-vaccin, a obtenu presque 20% des voix. Par contre, par rapport à la France, les manifestations paraissent plus paisibles et ne sont que rarement violentes.

Une manif anti-vaccin ou je ne sais quoi dans laquelle je me suis retrouvée par hasard: au micro, le mec est en train de remercier tout le monde du fait que la manif se soit bien passée
  • L’hiver

Pour moi qui viens de Bretagne, l’hiver est ici assez rude. Alors oui, on n’est pas au Canada, mais les températures négatives sont la norme en hiver et le soleil se couche vers 16h30 (le froid tombe donc très vite). En arrivant il y a un an, j’avais très souvent les mains gelées dès que je passais un peu de temps dehors (j’ai acheté des gants de ski ensuite, ça a amélioré les choses) mais à part ça je n’ai pas trop souffert de l’hiver. Par contre, le retour du froid et de la pluie/neige m’a fait mal en octobre/novembre : je me déplace beaucoup à vélo, alors après l’été ça a été compliqué de devoir de nouveau rouler de nuit dans le froid. Et avec les jours plus courts, moins de luminosité et le froid, je sentais que mon niveau d’énergie avait vraiment baissé et que j’étais globalement moins en forme.

  • Les horaires

En Autriche, mieux vaut ne pas tomber malade un vendredi matin. Ici, le repos du weekend est très respecté : quasi aucun médecin ne travaille le vendredi après-midi, encore moins le samedi. Trouver un rendez-vous le soir en semaine est aussi très compliqué. Tous les magasins ferment plus tôt le samedi (parfois dès 16h, même pour un magasin de vêtements ou type Yves Rocher), voire même sont fermés pour les petites boutiques. Idem pour les supermarchés, tout est fermé à partir de 18h le samedi et fermé le dimanche (sauf le petit Spar de la gare). Alors c’est une autre organisation à adopter qui demande d’anticiper plus.

Vous êtes toujours là ? Vous vous demandez comment je fais pour rester ici ? Rassurez-vous, l’Autriche a aussi des côtés très cool.

Les trucs cool

  • La nature

Un de mes trucs préférés ici, c’est la proximité avec la nature. Depuis la place principale de Linz, on a juste à marcher 20-30 minutes pour se retrouver dans la nature, avec des petits sentiers, des champs et des tracteurs. Les montagnes sont aux portes de la ville. En 10 minutes de train à peine, on trouve des sentiers de randonnée vraiment très cool. La station de ski la plus proche de Linz se trouve à 20-30 minutes grand maximum. C’est très facile de sortir de la ville et d’aller dans des coins reculés avec personne autour. J’ai l’impression qu’ici, la plupart des gens font du ski/de la randonnée/du vélo ou VTT, les loisirs d’extérieur sont très présents. Et la diversité de paysages en Autriche est assez grande : ok, il n’y a pas d’accès à la mer, mais il y a les montagnes, plein de lacs vraiment très jolis, des forêts, les bords du Danube, la région de Wachau avec ses vignes et ses collines…

  • Les transports en commun

Un des tous meilleurs trucs en Autriche selon moi : le Klimaticket. Quésaco ? Le Klimaticket, c’est une carte de transports en commun qui donne accès à tous les transports en commun de l’Autriche, donc les trains, les cars, les bus et trams dans les villes (sauf à Vienne qui a son propre ticket). Et ça pour 58€ par mois (tarif préférentiel pour les jeunes qui ont acheté le ticket avant le lancement, en octobre 2021). Je trouve ça vraiment trop bien. Surtout qu’en Autriche, les transports en commun sont vraiment bons et confortables. L’amplitude horaire est bonne, et la couverture du pays par le réseau est excellente. C’est simple : on peut aller partout, n’importe quel jour de la semaine, en train ou bus. Chaque petite ville un peu reculée a quand-même une gare avec des liaisons régulières. La cerise sur le gâteau ? La SNCF autrichienne (ÖBB) propose de très nombreuses liaisons internationales en train de nuit. Il y en a plusieurs qui vont vers l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse ou l’Italie. Et depuis le 13 décembre 2021, vers Paris. Plus besoin de devoir prendre l’avion depuis Vienne pour rentrer en France, c’est plus confortable pour moi et bien meilleur pour l’environnement.

  • La neige

Je parlais de l’hiver plus haut dans les points négatifs, mais celui-ci vient le contrebalancer : ici, en hiver, il ne pleut pas, il neige. Bon ok, des fois il pleut aussi. Mais la neige est vraiment très fréquente, et pour moi qui viens de Bretagne, je trouve ça vraiment trop cool et je ne m’en lasse pas. Dès qu’il neige, je ne peux pas m’empêcher de regarder dehors, ce qui fait sourire mes collègues. En 2021, il a neigé pour la dernière fois en avril, et pour la première fois fin novembre : cela fait la moitié de l’année pendant laquelle il est susceptible de neiger. Et donc autant d’occasions de faire des bonhommes de neige, des belles photos de paysage, et bien sûr du ski.

Ah oui, et le vélo dans la neige en vrai ça se fait bien !

  • L’administratif

Ça vous surprend ? L’administratif ici est incroyablement simple vu de quelqu’un qui vient de France. Exemple : pour déménager (j’en parlerai plus en détail dans un autre article), je n’ai pas eu besoin de garant, ni de fournir de copie de mon bulletin de salaire / contrat de travail / carte d’identité, ni de compte en banque local. Je n’ai eu à fournir aucun document. Pour m’exonérer du Kirchenbeitrag (sorte d’impôt à l’Eglise que l’on paie si on a indiqué sur sa Meldezettel (fiche d’inscription dans la ville) que l’on est catholique, et qui existe aussi pour quelques autres religions), j’ai juste eu besoin de dire par mail que je fais partie d’un programme de volontariat français. On ne m’a demandé aucune preuve, ils ont juste répondu quelque chose du genre “ok on vous exonère et on vous recontactera à la fin de votre contrat de volontariat alors”. Je trouve que tout se fait de façon très simple. Même si mon opinion est biaisée par le fait que je suis en VIE : je ne paie pas d’impôts, je ne dépend pas de la sécurité sociale locale etc.

  • Les gens

Encore un point positif qui vient contrebalancer le point négatif de la mentalité un peu plus haut. Un des trucs que j’apprécie vraiment ici, c’est qu’il y a beaucoup d’étrangers. Je ne me sens pas seule à galérer avec l’accent local. Dans mon entreprise, on est 6 non-autrichiens sur 16 personnes au total. A Linz, il y a une assez grosse communauté d’internationaux. Mon kiné est croate. Récemment, je suis allée dans un café dont le serveur vient de l’Île Maurice et avec qui j’ai un peu parlé français. Je trouve ça cool. Il faut dire que 17% de la population autrichienne n’a pas la nationalité autrichienne, ce que je trouve énorme (et peut aussi expliquer que certains ne se sentent pas à l’aise avec cette présence internationale et votent extrême-droite). Pour comparaison, en France 7,6% de la population n’a pas la nationalité française.

Et puis, les autrichiens affirment être plus cool que les allemands. J’ai pas assez vécu en Allemagne pour confirmer cela, mais pour faire mentir le cliché sur les allemands/autrichiens stricts, qui suivent toujours les règles à la lettre, je peux vous dire que je trouve ici les gens globalement assez relax et plutôt accessibles. Et oui, ça arrive qu’ils traversent au passage piéton quand le feu est rouge.

Et donc, cool ou pas cool l’Autriche ?

Quand je parle de certains trucs avec mes proches français ou autrichiens, il y a un point qui devient assez clair : chaque pays a ses coutumes, ses habitudes, ses points positifs et négatifs. Quelques trucs normaux en France du genre le fait de devoir fournir une copie de son contrat de travail pour obtenir un logement paraissent ultra choquants pour un autrichien, et inversement, par exemple pour l’impôt à l’Eglise dont je parlais plus haut. Je serais incapable de dire quel pays est le meilleur entre la France et l’Autriche, parce que ce sont tout simplement deux pays différents, avec chacun ses avantages et ses défauts. Et c’est quelque chose dont il faut être bien conscient au moment de s’expatrier : aucun pays n’est parfait ! Personnellement, au fil de mes expériences à l’étranger, j’ai compris que je peux me sentir un peu partout chez moi, mais nulle part 100% chez moi. Il y aura toujours un truc d’ailleurs qui va me manquer. Ça fait partie du jeu. Ça peut avoir un côté un peu frustrant, et c’est toute la difficulté de vivre à l’étranger, trouver un équilibre entre son pays d’accueil, les autres pays dans lesquels on a pu vivre avant, et son pays natal. Mais en contrepartie, on découvre des tas de choses, on apprend en permanence, on s’ouvre sur d’autres façons de penser, on remet en question ce qui nous paraissait normal avant, et ça c’est pour moi le meilleur truc de la vie d’expatrié.

Alors, l’Autriche c’est comment ? C’est comme partout : c’est un pays qui a ses contradictions, ses incohérences, ses problèmes, mais aussi plein d’atouts, des vrais coins de paradis, des bons gâteaux. Pour moi, c’est un pays agréable à vivre, dans lequel je me sens bien. Ce que je conseille à quelqu’un qui voudrait s’y expatrier, mais c’est valable pour tous les pays, c’est d’y passer au moins quelques jours avant de s’y installer définitivement, pour avoir un feeling de si ça peut le faire ou pas. Et puis ne pas oublier que si finalement, on ne s’y sent pas bien, bah on peut toujours rentrer en France ou aller ailleurs !

Emilie

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