L'appel du large

Les aventures d'une petite bretonne expatriée en Autriche

Deux mois déjà !

Et oui, cela fait déjà deux mois que je suis arrivée ici en Autriche ! Je n’ai pas vu le temps passer. Deux mois, ça fait déjà long, je ne peux plus me réfugier derrière le fait que je viens juste d’arriver quand je comprends pas un truc par exemple. Mais c’est en même temps court et loin d’être assez pour vraiment faire l’expérience de la vie dans un pays. Du coup petit bilan calmement de comment je me cale dans cet entre-deux.

Déjà, les côtés cool pour commencer. Je me sens de plus en plus intégrée ici. C’est de plus en plus simple de parler en allemand, je commence même à comprendre le Dialekt autrichien (enfin vite fait). J’ai de plus en plus de repères, des petits trucs tout bêtes comme le fait que mes doigts sont maintenant adaptés au clavier qwerty allemand. J’ai trouvé mes habitudes de courses, je m’achète même des trucs autrichiens (les Gemüselaibchen, sorte de galettes de légumes et pomme de terre épaisses, c’est totalement validé). Je m’éclate à acheter des gâteaux différents à chaque fois que je vais dans une boulangerie pour me chercher un goûter, mais je commence déjà à savoir quels trucs sont vraiment bons. Dans Linz, je suis déjà allée plusieurs fois aux mêmes endroits (même si la ville n’est pas très grande) et je connais quelques bons plans. Je ne comprends toujours pas tout de ce qui se passe autour de moi, j’ai toujours pas tous les codes, mais maintenant je n’hésite plus au moment de dire “wiederschaun” après avoir payé mes courses (petite leçon d’autrichien : wiederschaun = auf wiederschauen mais abrégé = auf wiedersehen en allemand d’Allemagne = au revoir en français). Bref, je ne suis plus vraiment l’étrangère qui découvre.

Deux autres trucs qui font que je suis officiellement installée ici : j’ai maintenant un numéro de téléphone autrichien et je suis inscrite sur le registre des Français installés à l’étranger du consulat. Le numéro de téléphone local, je trouve que c’est mieux même s’il n’y a normalement pas de frais quand on voyage dans l’union européenne. Parce que dans les contrats de téléphonie mobile, il y a une petite clause qui dit que effectivement il n’y a pas de frais, mais que c’est uniquement dans la limite du raisonnable (ce qui est assez flou), en gros à partir du moment où tu es plus à l’étranger que en France ils font payer. J’avais pas eu de souci pendant mon semestre Erasmus en Allemagne, mais là je suis ici pour un an. L’autre truc c’est que souvent les offres à l’étranger sont limitées : par exemple, un forfait de 20Go d’internet en France sera réduit à 12 Go en Europe. En plus dans certaines situations, comme pour se faire livrer quelque chose, il faut un numéro local, donc c’est plus pratique et j’ai pas trop traîné à faire ça. Pour le 2e point, l’inscription sur le registre du consulat, c’est pas obligatoire en principe quand on s’expatrie, mais ça l’est pour les VIE. Et ça a quelques avantages : le fait de pouvoir s’inscrire sur la liste électorale consulaire (ce que je n’ai pas fait mais je le signale quand-même), le fait d’être connu des services du ministère des affaires étrangères en cas de besoin de rapatriement comme ça avait été le cas au début de la pandémie de covid, ce genre de trucs. En complément, je me suis aussi inscrite sur la plateforme Ariane, sur laquelle on peut signaler tout séjour à l’étranger (même juste des vacances), pour recevoir des alertes et informer les consulats/ambassades de notre présence dans le pays en cas de problème. Tout dernier truc administratif que je dois faire pour être 100% régularisée ici, il faut que je m’inscrive sur les registres des étrangers installés en Autriche, j’ai pris rendez-vous pour ça dans la mairie de Linz.

J’ai aussi fait un compte à la bibliothèque, impressionnant n’est-ce pas ? Et j’ai été hyper agréablement surprise, ils ont toute une étagère de livres en français. J’en ai pas pris pour l’instant mais je retiens pour quand j’aurai le mal du pays (j’y reviendrai).

Pour finir avec les côtés positifs, globalement je me sens bien ici. Mon travail me plaît, mes collègues sont cool, je suis contente de me lever le matin. Je commence doucement à me faire ma place et à récupérer des responsabilités. Ça a pas été aussi rapide que je l’aurai espéré, mais en même temps je suis arrivée dans une période avec pas mal de changements internes dans l’entreprise. Alors je fais ce que je peux de mon côté et je prends mon mal en patience. Le truc le plus compliqué, c’est la communication avec mes collègues, et j’arrive ici à la première de mes difficultés: la langue.

Pendant mes premières semaines de travail, j’ai beaucoup été avec le personnel en production, et avec eux mon intégration s’est très bien passée, je les comprends sans trop de problème (plusieurs ne sont pas autrichiens donc ça facilite les choses) et maintenant quand je passe les voir ils m’offrent un café / des gâteaux / des bonbons. Trop gentils. Là où c’est plus compliqué, c’est avec mes collègues de bureau. En fait, quand ils parlent ensemble, ils parlent vite, et dans le Dialekt régional. Donc quand ils parlent entre eux, je suis souvent incapable de distinguer des mots, pour moi leurs conversations c’est comme un bruit de fond. C’est encore plus bizarre quand ils rigolent, parce que j’aimerais bien comprendre et rigoler avec eux, mais non et c’est hyper frustrant. Ils savent que je comprends pas, et des fois ils se rendent compte que je les fixe en mode “mais qu’est-ce que tu racontes ?” et soit ils m’expliquent, soit ils se moquent de moi (ou les deux). Mais ils sont aussi super gentils et m’offrent du gâteau (oui, c’est mon critère pour distinguer les gens gentils des autres). Quand ils me parlent pour m’expliquer un truc ils font attention à parler doucement et en “Hochdeutsch” (littéralement haut allemand, en gros l’allemand académique qu’on apprend à l’école et qui est parlé en Allemagne), mais quand ils discutent entre eux forcément les habitudes prennent le dessus, et c’est totalement normal, je leur en veux absolument pas. C’est à moi de faire l’effort d’apprendre et de me manifester quand je comprends pas.

La langue, c’est clairement mon challenge principal. Trouver mes repères linguistiques (comme je vous disais au début, les réflexes de savoir quoi dire à la caisse par exemple) était vraiment important. Mais globalement je suis assez satisfaite. En dehors de mes collègues de bureau, j’arrive à globalement comprendre et même à participer de façon active à des conversations avec mes colocs ou mes collègues (ok, c’est plus simple avec juste une personne que plusieurs, parce que quand ils me parlent juste à moi ils font attention) ou d’autres gens. Mon allemand est toujours loin d’être aussi bon que mon anglais, mais il s’améliore de jour en jour et ce sentiment est hyper plaisant. Quand j’entends ou utilise un mot que j’ai appris récemment, j’ai toujours cette petite pensée “ah oui ça avant je pouvais pas le dire, j’ai progressé !”. Par contre, c’est toujours un effort de parler allemand, et même si maintenant c’est devenu normal pour moi et j’hésite moins avant de m’adresser à quelqu’un, je sens que si je suis fatiguée, je n’arrive pas à bien parler. Je fais attention à dormir suffisamment (enfin j’essaie) parce que sinon vraiment je sens que les mots ne viennent pas et que je fais plein d’erreurs de grammaire débiles.

A propos d’erreurs, s’il y a bien un truc dont il faut pas avoir peur quand on est expat et qu’on vit dans une langue qu’on maîtrise pas, c’est bien de faire des erreurs et de passer pour un.e débile. Non parce que ça m’arrive régulièrement de faire des erreurs genre “je vais chez il” au lieu de “je vais chez lui”, ou de tutoyer au lieu de vouvoyer, ou d’utiliser la 2e personne du pluriel au lieu de vouvoyer quand je m’adresse à une personne. Souvent je m’en rends compte et j’essaie de me corriger, mais vraiment il faut savoir ne pas se repasser tout ça indéfiniment dans sa tête et passer à autre chose, parce que sinon on s’en sort pas. Des situations un peu gênantes ou des moments d’incompréhension, j’en vis quasiment tous les jours.

Mon autre grosse difficulté ici, c’est de me faire des amis. Je savais que ce serait le plus compliqué, parce qu’avec le covid c’est pas facile de rencontrer du monde. Je suis pas non plus complètement isolée : en journée la semaine j’ai mes collègues, j’ai fait une rencontre au hasard qui m’a amenée à faire une balade à vélo le long du Danube jusqu’à Enns avec 3 autres expats installés depuis plusieurs années à Linz, et j’ai mes colocs qui invitent des fois du monde ou peuvent m’incruster avec d’autres gens. Après il faut gérer le passage de rencontrer quelqu’un à tisser une vraie relation avec quelqu’un. Et ça, quand on maîtrise pas la langue c’est compliqué : montrer qu’on est quelqu’un de cool quand on arrive pas à participer à une conversation c’est plus compliqué. Pour moi qui était ultra timide petite, c’est un sacré challenge. Mais ça va vraiment devenir une priorité, parce que je ressens de plus en plus la solitude, surtout avec le beau temps qui arrive : le weekend, j’aime pas me balader dans la rue et voir plein de groupes de gens entre amis qui rigolent ou ont l’air de beaucoup s’amuser, alors que moi je suis contrainte de faire mes trucs toute seule comme je connais pas grand-monde. Ça va venir, je me sens déjà de plus en plus entourée, mais j’ai hâte que les clubs de sport ou autre puissent réouvrir pour rencontrer de nouvelles personnes.

La tour de la place principale d’Enns, notre objectif de balade à vélo

J’ai parlé vite fait du mal du pays tout à l’heure : pour l’instant non, la France ne me manque pas. Mais ça ne me surprend pas : je suis toujours en “terrain connu”, c’est-à-dire que j’ai déjà été 3 mois d’affilée à l’étranger pendant mon Erasmus, sans ressentir de mal du pays. Alors pour l’instant je suis toujours dans ma zone de confort en termes de gestion de l’éloignement. Là où ça commencera à devenir intéressant de voir comment je réagis, c’est au bout de 4 mois, puis cet été, en fonction de si j’arrive à rentrer avec les restrictions covid. Mais je suis confiante sur ma capacité à gérer ça, je sais que j’ai une très bonne capacité d’adaptation de part mes expériences passées à l’étranger. Et j’arrive à me concentrer sur ce que je peux contrôler : je sais que je ne rentrerai pas tout de suite en France, que je ne reverrai pas tout de suite mes proches, alors je n’y réfléchis pas. Je me concentre sur le fait d’essayer de tirer au maximum profit de mon temps ici : visiter, faire ce que je peux pour me faire des potes, faire des trucs que je kiffe faire.

Je suis arrivée en Autriche le 6 janvier exactement. J’aime bien garder cette date en tête pour fêter mes moisiversaires ici. Pour mes 1 mois d’expat, j’ai fait des crêpes (et j’avais acheté du caramel au beurre salé dans une boutique qui vend uniquement des produits français, un autre remède anti mal du pays). Pour mes deux mois, voilà un petit aperçu de ce que j’ai fait (et en même temps un teasing de mon prochain article) :

Ça donne envie ? Promis, la suite de mes aventures arrive prochainement !

Emilie

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